mardi 6 février 2018

Maison

Réveillée une fois de plus avant l'aube — le soleil se lève invariablement aux alentours de 7h et se couche vers 19h — je découvre un message d'Hisako qui a reçu les fleurs et qui apprécie. Vive internet qui permet ce genre de choses en deux clics et quelques numéros de carte de crédit.



Journée travail pour Mary Beth qui a des rendez-vous skype avec ses clients en coaching. Voilà la vie rêvée: pouvoir faire son métier depuis n'importe où dans le monde. Quand je serai grande, je ferai comme elle. C'est d'ailleurs ce à quoi je me prépare en reprendant mon CV pour créer mon portfolio. Ça me prend quelques heures pour décrire mon parcours artistique mais ça avance bien, je suis contente. Pendant une pause, je fais des photos de la maison, car c'en est une de ce genre que j'aimerais bien avoir. Pas trop grande pour y vivre seule, spacieuse avec tout le confort et plein de place pour les invités.

Plus tard, je fais une sieste au soleil. Ma peau a passé du ton cachet d'aspirine à blanc coquille d'oeuf. On progresse. J'ai déjà meilleure mine ainsi reposée et bronzée.

Visite dans le jardin




Dans la soirée, nous regardons un film magnifique : Call me by your name. Pendant plus de la moitié du film, nous hésitons à couper parce que c'est long et on ne voit pas très où ils veulent en venir. Et puis soudain, le scénario prend une ampleur singulière et nous sommes ravies. Excellent film que je recommande.

Le réparateur de la climatisation a appelé, ce n'était pas du tout convénient qu'il passe aujourd'hui, il promet de rappeler demain. Nous passons encore une journée à gérer la température à l'ancienne: ouvrir et fermer portes et fenêtres en fonction de la chaleur extérieure et faire tourner les ventilateurs.


La moyenne chambre (la mienne désormais)





Salle de bain des communs

Salon




La petite chambre

L'entrée

La cuisine



La buanderie avec l'accès au garage

La chambre de princesse




Salle de bain de princesse





lundi 5 février 2018

Shopping

Lundi 5

Tiens, ce matin, j'ai enfin l'impression de penser depuis l'intérieur de mon cerveau. Me voilà rassemblée, les pieds à nouveau dans mes baskets.

Café à l'aube: j'adore ces premières gorgées brûlantes quand le jour pointe. C'est le moment où je médite, mes pensées sont claires et silencieuses, pas encore encombrées du bruit de la journée. Je note quelques idées pour ma créativité et je surfe internet à la recherche d'exemples de books d'artistes. Je me suis fixée ce devoir de vacances: un portfolio pour présenter mes oeuvres. Je constate qu'il n'y a pas de règles fixées dans le marbre et je tombe sur des conseils «à ne pas suivre» fort utiles comme mettre une photo de soi au travail dans son atelier. 😂

Mary Beth émerge, Hisako nous manque. Bouh, c'est pas du tout ça, cet endroit sans elle. Vivement samedi qu'elle revienne! Elle nous a envoyé un message disant qu'elle est plus occupée que ce qu'elle pensait, ça aide. Nous décidons de lui faire livrer des fleurs.

Vers midi, nous décidons d'aller faire du shopping. J'ai besoin d'un short et Mary Beth de t-shirts un peu plus légers, elle n'avait pas prévu qu'il ferait si chaud. Il fait surtout humide et un peu étouffant bien que la température soit parfaite entre 26 et 28° au plus chaud de la journée. Les nuits sont délicieusement fraîches, sauf qu'il fait glacial dans la chambre de princesse que j'occupe, la climatisation étant déréglée. Ça me gâche le plaisir, je suis obligée de dormir avec ma laine polaire, c'est un comble! Toujours pas de nouvelles de la visite d'un réparateur et au fur et à mesure que la journée passe, je songe sérieusement à abdiquer pour laisser mon trône à Mary Beth qui salive à l'idée. Pour elle, la température y est idéale. La nuit dernière, après le départ d'Hisako, Mary Beth a dormi dans la moyenne chambre, un peu plus fraîche, mais décidément, il y a comme un malaise, ça ne sonne pas juste, elle ne lui va pas du tout. Nous constatons le fait que nous disposons de trois chambres qui correspondent parfaitement à nos personnalités. De fait, la chambre de princesse est pour elle. Elle sait occuper l'espace avec souveraineté alors que moi, tellement habituée depuis si longtemps à vivre dans un environnement où toutes mes affaires sont à portée de main que je n'arrête pas de chercher mes affaires que j'ai posées n'importe où. Mes lunettes dans le salon, mon ordinateur à la cuisine, mon téléphone sur la table de la salle à manger... c'est infernal! Arrivée la première, Hisako avait pris la moyenne chambre, mais il me semble que son nom est plutôt écrit sur la porte de la petite chambre. Mary Beth pense de même et nous éclatons de rire.

Le quartier des centre commerciaux

Macy's et Mac Do

Mme Nissan Rogue

Mon chauffeur

Discussion avec les arbres sur le parking

...en attendant que Mary Beth ait fini dans le magasin.

...alors que j'ai en ai eu soudain assez de faire du shopping.





En revenant des courses, prise d'un coup de barre et d'un coup de chaud, j'y donne une dernière sérieuse réflexion et je déclare à Mary Beth que je suis prête à échanger les chambres. Samedi, quand elle sera de retour, nous verrons avec Hisako, mais j'ai le sentiment que nous voilà installées pour le mois. Je crains un moment qu'il y fasse trop chaud dans ma nouvelle chambre, j'ouvre en grand pour provoquer des courants d'air et à mesure que la soirée passe, la température s'améliore. Au moment d'aller me coucher, c'est idéal! Les alizés font doucement bouger le palmier devant ma fenêtre, j'ai l'impression que je dors dessous (les palmiers).










dimanche 4 février 2018

Super bowl

Je dors en deux fois de 2h à 7h du matin. Ça y est, mon corps commence à être synchrone avec l'alternance jour-nuit locale . Je me fais un café et Hisako se réveille un peu après moi. Elle n'a guère dormi, mais elle se sent bien. Nous partons tôt pour l'aéroport, l'embrassons en lui disant qu'elle nous manque déjà et qu'elle revienne vite.



Puis nous allons à Kaluia pour un brunch avec Mary Beth dans le même restaurant où nous avions déjà pris un petit déjeûner il y a deux ans. C'est notre premier retour sur la plage et soudain, ça sent très bon les vacances. Je suis toujours dans un état un peu zombie et pas encore en mode photo. D'ailleurs, celles-là, je les ai déjà prises il y a deux ans. Je fais néanmoins une vidéo pour ma collègue Audrey, très jalouse de mes vacances (😂). Je l'énerve encore un peu, pour rire. Il fait un peu jour blanc, et les images sont voilées. Je ferai mieux un autre jour. Je ne sais pas quelle fatigue je pose, mais il y en avait un gros sac. Nous n'avons toujours pas envie de bouger. C'est pas grave, nous sommes là pour un mois, nous avons le temps de visiter.



De retour à la maison, je vis une expérience intéressante: la finale du super bowl avec Mary Beth qui est soudain possédée par un fan de foot. Je lui ai demandé de m'expliquer le jeu, je comprends un peu et je renonce à me figurer le tout, je ne suis de toute façon pas du tout intéressée par le foot, qu'il soit américain ou non. Trop de testostérone à mon goût!

J'ai peur!... Cette fille adorable, gentille et pleine de considération se transforme sous mes yeux en harpie qui hurle devant ces gladiateurs modernes. Elle veut du sang, elle hurle contre l'arbitre, mais qu'est-ce qui s'est donc passé? Dois-je appeler un exorciste?

OK, j'exagère, pour rire, mais n'empêche qu'il y a de l'ambiance devant la télé.







samedi 3 février 2018

Départ

Toujours fortement décalée, je me réveille à 4h du matin. Impossible de me rendormir, je surfe sur le web jusqu'au lever du soleil. Je me fais un café que je déguste au lit.

Mes amies se réveillent plus tard et nous ne faisons rien de particulier de toute la journée. Enfin, à part refaire le monde qui en a bien besoin et, ma foi, nous faisons virtuellement un excellent travail. Repas aux heures où l'estomac le réclame, sieste à l'heure où le corps le fait savoir. Je m'allonge pour un bain de soleil dans le jardin sur une chaise longue super confortable. Y'a pas à dire, les Américains savent concevoir le confort, cette chaise large comme une fois et demie les nôtres. Mais pourquoi les faisons-nous si étroites, chez nous?




Le soleil est chaud mais ne brûle pas, il souffle des alizés caressants d'une qualité divine, la vie est belle, point-barre! Ça ne dure pas, les nuages arrivent avec les moustiques. Invisibles et sournois, je ne sens pas la piqûre, mais soudain, ça gratte. Bon, zut, l'instant divin est fini. Il fait toujours aussi chaud, les oiseaux chantent gaiement, nous rentrons dans la maison et fermons les moustiquaires, la vie est toujours belle, point-barre.

Je tombe de sommeil à 18h. Je lutte encore une heure et puis je n'en peux plus. Je vais me coucher, tant pis, je me réveillerai certainement avant le matin. Effectivement, il est 23h quand je me réveille et j'ai la pêche comme après une bonne nuit de sommeil. Mary Beth et Hisako discutent sur la terrasse, je les rejoins. Nous papotons depuis une demi-heure dans la fraîcheur nocturne quand le téléphone d'Hisako sonne. Elle découvre plusieurs messages qui lui annoncent le décès de son père, plusieurs membres de sa famille ayant cherché à la joindre. Elle s'y attendait depuis des mois, son père déclinait doucement, suggérant jour après jour que son temps sur Terre arrivait à son terme. Néanmoins, ça fait un choc. Elle appelle la maison et discute pendant de longues minutes, puis elle nous annonce qu'elle doit trouver un vol. Nous nous y mettons toutes et lui trouvons un vol bon marché pour demain matin. Non: ce matin, il est passé minuit. Elle s'accorde une semaine pour accompagner son père dans sa dernière demeure et régler les urgences et reviendra samedi, juste à temps pour le stage. Elle n'a pas envie de le manquer ni de complètement supprimer ses vacances.

Une fois tout cela organisé, nous passons encore un joli moment à parler. Elle n'est pas triste, nous sommes toutes trois convaincues d'une vie après la vie, mais le moment reste néanmoins celui d'une séparation, ce sont des adieux définitifs. Il flotte autour de nous la douceur et la solennité qui entourent un humain qui quitte la vie, que l'on soit à ses côtés ou non. Paix et liberté: Hisako confirme que ces derniers temps, il se sentait emprisonné dans son corps qui flanchait.

Nous allons toutes trois attraper quelques heures de sommeil avant d'accompagner notre amie à l'aéroport.

vendredi 2 février 2018

La valise rouge



J'ai dormi un peu plus de deux heures, je me réveille à 4h du matin. L'air conditionné fonctionne mal, je crève de froid. Pas moyen de le régler, j'essaye tout, y compris de l'éteindre, mais sans succès. Je déteste quand on ne peut même pas débrancher les machines!

Chambre de princesse


Tant pis, j'enfile des habits et me pelotonne sous la mince couverture, pas du tout prévue pour le froid. J'écris mes articles de blog et quand le soleil se lève, je prends quelques photos et je me fais un café. Un magnifique oiseau rouge fait un solo à plein poumons dans le jardin, mais il a disparu quand j'arrive pour le prendre en photo. J'enregistre les choeurs qui ont suivi le solo.

Chant de bienvenue


Le jardin depuis ma chambre avec la pleine Lune.








Madame Nissan Rogue

Quart de tour à gauche direction océan

Quart de tour à droite direction intérieur de l'île.




Mes copines se réveillent à leur tour, et nous papotons frénétiquement avec un café. Vers 10h, nous partons pour l'aéroport, les tentatives de trouver ma valise par téléphone ayant été infructueuses. C'est reparti pour se balader d'un guichet à l'autre, raconter l'histoire, déterminer qui pourrait bien avoir pris possession de cet objet perdu. Il semblerait qu'il faille effectivement revenir au guichet Delta Airlines à 18h30. Avant de repartir, nous tentons le coup aux objets trouvés. En arrivant tout à l'heure, j'ai aperçu le panneau qui indiquait le bureau des objets trouvés et c'est comme s'il était surligné au stabilo boss. Le Maître se marre depuis un moment à me voir m'agiter avec Mary Beth qui m'a accompagnée tandis qu'Hisako est restée dans la voiture mal parquée pour la déplacer en cas de réprimande. Il sait, lui, que ma valise y est et se demande pourquoi je ne vais pas droit au but. Je finis par capter son insistance et j'ai confiance que je vais trouver mon bagage.

Le préposé qui nous reçoit me répond mentalement oui quand j'explique mon cas, je capte télépathiquement l'image de ma valise dans sa tête quand je lui dit qu'elle est rouge. Mais d'abord, il veut s'assurer que c'est bien moi et me demande ce qu'il y a dedans. Mon ordinateur, des habits, une trousse de toilettes.... il ne semble pas satisfait. J'essaye de zapper le fait que je me suis rappelée hier soir qu'il y avait aussi mon enveloppe avec 2500$ de cash, je ne voulais pas attirer les mauvaises énergies ni me mettre à flipper grave!

— N'y avait-il rien d'autre dans cette valise? me demande-t-il du ton du professeur qui va souffler la réponse.
— Ouaaais, de l'argent, dis-je penaude en baissant le menton.
— Aaah, voilà ce que je voulais vous entendre dire. Combien?

Elle est là, la petite chérie. Intacte, sage, avec tout son contenu. On me tend mon ordinateur qui a été stocké séparément pour l'épargner et l'enveloppe avec les billets également mise sous clef. Je signe un papier que je ne prends même pas la peine de lire, tellement je suis soulagée. Je suis remplie de gratitude pour ces deux flics débordants de gentillesse et d'humanité.

Mary Beth est sur le cul. Elle n'imaginait pas que j'allais retrouver mon argent et s'est bien gardée de me le dire. Moi, je sais pas, mais depuis le début, le Maître me souffle que tout va bien, ce n'est qu'une péripétie. Un événement pour me donner pleine confiance en ma bonne fortune et dans le choix de mes compagnons de route. Et aussi pour faire un bon article de blog 😂 !

Après cela, Costco adventure! D'abord, on mange: fast food, mais pas junk food. Ce qu'il faut savoir, c'est que Costco est du genre Aligro chez nous: le magasin ressemble à un dépôt, on a fait efficace et bon marché dans la présentation, on y achète en grandes quantités et au prix de gros. Le magasin appartient aux employés qui sont payés décemment et bénificient d'avantages sociaux également décente. Ils ont donc une motivation bien différente à venir travailler et consommer chez Cosco, c'est soutenir un projet bénéfique.

À la maison, l'air conditionné cafouille maintenant aussi dans le reste de la maison. Téléphone à la propriétaire pour arranger cela et régler d'autres détails, un dépanneur viendra, mais il ne faut pas l'espérer avant lundi. C'est stupide, parce qu'il ne fait pas si chaud et nous pourrions bien nous passer de climatisation. Il fait cependant bien plus humide qu'à la maison pour Mary Beth et moi, Tokyo étant tout le temps humide, c'est même nettement mieux ici pour Hisako.

Le reste de la journée passe à siester, discuter, se reposer. C'est nécessaire pour chacune de nous, ce début d'année a été épuisant. En fin de journée, nous prévoyons d'aller faire encore quelques courses, il nous manques des denrées que nous voulions acheter en moindre quantité, mais au moment de partir, je ne me sens pas bien. Je décide de rester et m'allonge sur mon lit, m'interdisant le sommeil avant la nuit. Mon corps ne sait plus où il en est, je ressens encore le roulis de l'avion et mon système n'est pas toujours pas synchronisé localement. Comme j'ai retrouvé mon ordi, je distrais mon esprit avec un petit surf sur internet.





jeudi 1 février 2018

Envol



Il pleut et il fait froid quand je me fais emmener à l'aéroport en ce jeudi aux toutes petites heures du matin. A 5h, nous traversons la ville en à peine vingt minutes. Comme d'habitude, j'ai le ventre serré à la fois d'une grande excitation mais aussi de stress. J'ai décidé de me faire accompagner non seulement du Maître — mais il est volatible et dès que je détourne l'attention, il a tendance à se mettre à l'écart — mais aussi de deux compagnes qui m'ont semblé adéquates: Grâce et Aisance. Quand l'estomac commence à être noué en plus du ventre, je les appelle à la rescousse.

J'embrasse Mado qui m'a courageusement accompagnée en voiture et qui retourne vite finir sa nuit et je rejoins le hall des départs sous un crachin froid et piquant. Au guichet d'enregistrement, je signale à l'hôtesse qu'il manque une lettre à mon nom. Elle me dit que ce n'est vraiment pas grave, mais quand elle voit que je vais aux USA, elle fait le nécessaire pour modifier mon billet, ils peuvent être chatouilleux, les Américains. Nous décollons pour Paris alors que le soleil se lève. J'adore l'avion: peu importe la météo, dès qu'on est en altitude de croisière, il fait grand soleil. J'adore ces tons matinaux qui vont du rose au bleu tendres, j'adore être au-dessus des nuages. À l'approche de Paris, la Lune fait son apparition. C'est la Lune bleue du 31 janvier qui s'était même éclipsée la nuit dernière ce qui en fait vedette du jour. Sa présence ainsi est étrange et magnifique.


Petit déjeuner de classe bien française qui me procure un plaisir velouté.

Pleine Lune bleue de janvier 2018 revenue de s'être éclipsée.

À l'approche de Paris, les inondations.


J'ai peu de temps pour ma correspondance, le ventre se rappelle à mon souvenir et pour me rassurer, je demande au pilote en sortant de l'avion si à son avis, je vais arriver à atteindre le terminal E en une demie-heure. Il regarde sa montre :

— Ah ben, ne tardez pas trop, Madame!....

Super... Encore perdu une occasion de me taire!  «Grâce et Aisance, à l'aide!» injoncté-je in petto mais néanmoins vigoureusement. J'ignore si je dois passer un contrôle de sécurité, à quel point il sera serré, la longueur et le nombre des couloirs, bref, je presse le pas en contrôlant mon stress.

Je longe les couloirs, traverse les boutiques de duty free, les indications ne sont pas limpides et soudain, une queue qui part sur la droite dont je n'arrive pas à évaluer la longueur. Ça bouchonne et ça m'inquiète. Combien d'autres couloirs après celui-là? J'aperçois une trouée sur la droite, la pancarte au-dessus indique un truc obscur. J'interroge ma voisine du regard, elle hausse les épaules et s'y engage. Je lui emboîte le pas. Ah ben effectivement, nous doublons une longue queue pour arriver à des portillons automatiques. Une préposée remarque mon passerport rouge :

— Ah non, pas du tout, impossible, me dit-elle.

Et elle m'ouvre la chaîne pour passer dans la queue qui convient à mon passeport étranger et m'indique que ces guichets sont prévus uniquement pour des passeports biométriques français.

J'explose de rire intérieurement: je viens de gagner bien 20 minutes de queue, peut-être même plus!! Je remercie Grâce et Aisance, sans elles, c'eut été chaud! Dans un autre pays que la France, on m'aurait refoulée à la queue originale. C'est donc un contrôle des passeports, vais-je avoir droit encore à un contrôle des sacs? Je longe rapidement les couloirs jusqu'à la porte M pour constater que non, plus d'autres contrôles, seulement la queue d'embarquement. YES! J'ai même encore le temps d'aller aux toilettes avant de grimper dans l'avion.

C'est maintenant que ça devient intéressant. Je vais prendre un A380 pour la première fois. Je l'aperçois à travers les vitres, mais si je vois bien que c'est un gros avion, je ne peux guère juger de l'entièreté de sa taille. Il y a trois portes d'embarquement, la mienne atteint directement au pont supérieur. Dommage, j'aurais adoré grimper les escaliers dans la cabine. Le surclassement en business était au-delà de mon budget, je voyage donc en économique où je découvre que les sièges sont de taille... économique. J'ai passé devant devant les places business, je n'ai pas insisté, ça faisait un peu mal. M'en fous, quand je serai grande, je me payerai une place en business. Non, une place en première, tiens!

Difficile de juger mais c'est tout de même un gros avion!

Mon domicile pour les prochaines onze heures.


Tout de même, c'est confortable. Je suis côté couloir sur une rangée de quatre fauteuils et pour l'instant, pas de voisin direct. Un couple s'est installé sur les deux places côté autre couloir et quand il s'est assis, lui m'a salué chaleureusement et m'a déclaré:

— Vous avez une chance énorme de m'avoir comme voisin!

Il est beau gosse et il le sait, il me fait rire avec son attitude de mâle français. Il n'en fait juste pas trop.

— Et réciproquement! je lui réponds d'un ton badin.

En attendant que l'avion se remplisse, nous échangeons les informations d'usage: destination, provenance et quelques banalités. L'embarquement terminé, ils se déplacent tous deux sur les fauteuils libre à côté du hublot. On se souhaite bon vol, car finalement, on ne le passera pas côte à côte.

J'ai donc toute la banquette pour moi! Ah non, une jeune fille vient se mettre à l'autre aile, ça fait deux places libres entre nous, ça reste malgré tout plus confortable. Merci le Maître et les copines de voyage! Je suis totalement euphorique, moi.

Sur l'écran, on peut sélectionner l'une des trois caméras externes: avant, arrière ou «paysage» pour celle qui est sur le ventre de l'appareil. Géant! Dès qu'il avance sur le tarmac, je peux enfin juger de la taille de ce mastodonte. Impressionnant! C'est parti pour onze heures de vol.



J'atteris à Los Angeles et j'ignore quel temps il est. Temps de manger, de dormir, mon corps est complètement décalé à ce stade. Je n'ai pas réussi à dormir autant que j'aurais voulu, et je suis moulue.


L'appareil met un petit peu plus de temps que d'habitude pour ralentir...


Le transit a LA est interminable, mais avant toute chose dès la descente de l'avion: toilettes! J'en profite pour me brosser les dents ce qui me donne l'impression d'avoir pris une bonne douche! Puis c'est l'imigration. La chicane nous fait traverser huit fois la largeur du hall, c'est pas plus mal, ça permet de faire fonctionner les jambes. Au bout, c'est un jackpot qui me reçoit. Enfin non, c'est un guichet automatique, autant s'y faire, bientôt il n 'y aura plus que cela et l'humaine qui m'y dirige sera un magnifique cyber préposé à la beauté et la jeunesse préfabriquées. Je réponds électroniquement aux questionnaire auxquelles j'ai répondu scripturalement précédemment, ce qui m'énerve un peu, mais bon, le Maître calme l'humain et lui dit «c'est pas grave». Suis-je mâle ou femelle, seule ou accompagnée, ai-je du cash sur moi, combien, qu'est-ce que je viens faire aux States, pour combien de temps? toutes les questions indiscrètes d'usage. Puis la machine prend  mes empreintes digitales et une photo, vraiment pas flatteuse, de ma trombine hirsute et de mon air égaré de la fille qui vient de faire douze heures dans la voyageosphère. Jackpot crache un billet sur lequel cette trombine est reproduite sommairement et voilà qui me met en joie. On ne peut faire pire mais Madame Sécurité est contente, elle est repue de mes informations et elle m'ouvre le passage.

Je déambule dans les longs couloirs pour récupérer ma valise avant de la remettre très vite sur un tapis roulant pour la suite du voyage. Ensuite, je dois trouver ma porte de départ, ce qui me permet de passer un petit moment à l'extérieur avec un couple qui cherchait également le Terminal de Delta Airlines et qui m'a emboîté le pas quand le préposé à qui j'ai demandé mon chemin m'a indiqué la route. J'adore ces rencontre express entre voyageurs. En quelques minutes, on raconte d'où on vient, où on va, une tranche de vie savourée réciproquement en vitesse. La connection est ciblée, istantannée, on va droit au but, pas de temps à perdre, on va se quitter dans quelques pas. Ce sont des moments vrais. D'ailleurs, on ne parle jamais avec n'importe qui, dans ce moments-là, seulement avec ceux dont la trombine et ce qu'ils dégagent nous plaît.

Il fait délicieux en Californie, j'en profite pour me remplir les poumons d'oxygène non conditionné. Pour la première fois depuis le départ, j'ai le temps de flâner. J'ouvre l'ordinateur, je me connecte au wifi et j'ai des nouvelles du monde. Quelques messages auxquels je réponds, un échange avec Mary Beth qui va décoller de Seattle dans quarante minutes et avec Hisako, déjà à la maison, qui nous dit qu'elle va faire quelques courses pour tout le monde. C'est la fin du jour et j'ai droit à un coucher de soleil digne de la côte ouest.

Parmi les sms, deux photos de mon fils actuellement en voyage au Brésil.
Il a suivi mon vol  sur son smartphone.

Il m'indique que «lanches» signifie snacks 😁

Après l'A380, l'avion pour Kona semble bien petit...

Coucher de soleil californien pour dire au revoir.

Ce dernier vol est le plus long, à ce stade, mon corps n'est plus mon ami et le confinement devient insupportable. Heureusement, c'est pleine nuit à mon horloge biologique, c'est également la nuit dehors et j'arrive à attraper du sommeil un peu plus profond. Je dors en pointillé, mais je dors et ça fait passer le temps plus vite. A côté de moi, un couple adorable qui porte un masque de protection par moments. Elle me souligne plus tard qu'ils ne sont pas malades mais veulent éviter de le devenir. En soi, je comprends, mais je n'aime pas le message que ce comportement véhicule. La peur des microbes, de ce qui peut arriver de fâcheux, la peur de l'extérieur. L'autre devient une menace alors que je vis tout le contraire. Je chasse le sentiment d'une grande inspiration, le Maître me rappelle que ça n'a pas d'importance. Ce sont leurs peurs, pas les miennes et ça n'enlève rien aux gens adorables qu'ils sont.

Je suis contre le hublot, je lutte contre mon envie d'aller aux toilettes le plus longtemps possible mais soudain, je n'en peux plus. Un coup d'oeil à ma droite pour avertir que je vais devoir passer, ils dorment tous les deux! Ah non, je ne serai pas cette personne qui réveille quelqu'un qui dort pendant un vol. Ce sont des moments trop précieux. À cet instant, avec cela et l'ankylose, je rêve d'être capable soit de sombrer dans le coma à volonté, soit de me télétransporter aux toilettes. Quelques minutes plus tard, ils se réveillent et quand je déclare que «je dois absolument y aller», ma voisine me dit qu'elle aussi. Elle part la première et me cède la place devant la porte. Une fois de plus, je me dis que le monde est rempli de gens décidément très gentils.

Il faut maintenant faire nos devoirs, nous recevons un formulaire administratif à remplir. Des cases à cocher: ai-je de la nourriture, des graines bizarres, des animaux incertains, je promets que tout ce que je raconte est la vérité, toute la vérité, rien que la vérité...? C'est le Département de l'Agriculture qui tient à s'assurer que je ne viens pas transformer le biotope de l'île avec mes gros sabots de touriste. Je rassure. Hawaii devrait survivre après mon séjour.

A Kona, le tarmac est minuscule et nous le traversons à pied. Je vais chercher ma valise qui arrive étonnamment vite sur le carousel. D'ailleurs je note mentalement que mes bagages sont arrivés vite pendant tout ce voyage. Encore une jubilation qui ajoute à la joie du voyage et une onde de gratitude pour Grâce, Aisance et le Maître.

Je retrouve Mary Beth et nous nous sautons dans les bras. Il fait moite, nos embrassades ne sentent pas la rose! Puis nous prenons la navette pour rejoindre le bureau de location de voiture et quand j'en descends, la voix demande :

— Ma valise rouge de cabine?
— Your'e kidding? répond la voix de Mary Beth.

Merde, non, je ne plaisante pas, j'ai oublié ma valise cabine. Je refais le film, c'est flou. Je ne sais pas si je l'ai oublié après nos embrassages ou un peu plus loin avant de grimper dans la navette. Mary Beth déclare d'un ton très calme qui court-circuite mon affollement:

— Pas de problèmes, on prend d'abord la voiture et on retourne au terminal d'arrivée.

C'est une fois de plus un robot qui nous mange de l'argent virtuel et nous délivre un bon à louer. Dehors, le préposé au parking est un Hawaiien débonnaire qui sent bon le début des vacances. «Aloha» lui dis-je avec bonheur. Il apprécie. Nous choisissons Madame Rogue qui sera notre compagne de voyage pour le mois.

De retour au terminal, la valise n'est plus là, bien sûr, et plus personne pour me répondre. Je fais la poule un moment, courant de droite à gauche pour trouver de l'aide. Je discute avec un flic qui me fait vivre un moment flottant. Il me demande mon nom d'un ton inquisiteur, de décrire la valise, je me rends compte que j'ai dû le déstabiliser avec mon mauvais anglais dû à la fatigue et la perte de mon bagage. Quand il se sent rassuré que je ne suis pas une dérangée, il devient cordial et m'apporte toute l'aide qu'il peut, c'est-à-dire pas grande chose, parce que tout le monde est parti, revenez demain à 18h30, les gens de Delta Airlines ne commencent pas avant. Re-merde!

Contrairée mais curieusement pas angoissée, je remonte dans la voiture et nous prenons la route pour rejoindre la maison. Il va falloir survivre à 24 heures sans ordinateur, le pourra-t-elle? Vous le saurez en suivant notre prochain épisode.

Hisako saute de joie à notre arrivée et nous découvrons la maison. Encore mieux qu'en photo. Il est 23 heures locales quand nous nous faisons à manger, chacune ayant son décalage horaire personnel.

Fin de cette longue journée de plus de trente heures.

Et fin de ce long article, bravo à ceux qui lisent, ça veut dire que vous avez tenu le coup jusqu'au bout.



vendredi 26 janvier 2018

Hawaii 2018, J-6




Humeur grise ce matin, comme la météo, pluvieuse depuis des jours. Je marche pour aller prendre le bus pour me rendre en ville quand je me rends compte que je fais la gueule. Ça vous arrive aussi? Sans même un miroir pour le constater, vous savez que vos joues s'étirent en direction du sol tandis que la bouche dessine un sourire inversé...

De plus, j'ai mal au ventre: une anxiété que j'ai de la peine à transformer. Tout d'un coup je me rappelle de laisser entrer le Maître. Bam! Je change de registre! «Une journée AVEC le Maître» me dis-je et je l'oublie aussitôt car j'utilise maintenant mes ressources mentales pour prendre mon ticket de bus au distributeur. Choix du billet, la monnaie, et pendant que j'attends l'impression du ticket, je fais une petite parenthèse pour expliquer qui est ce Maître qui fait partie de ma vie consciente depuis plusieurs mois.

Je suis une chercheuse de sens — certains pensent que je suis allumée, mais ce que les autres pensent de moi n'est pas mes oignons — et ma quête m'a amenée à le rencontrer. Le Maître, pas le sens. (Quoique...)

Ce Maître, nous l'avons tous, c'est notre part de sagesse et de connaissance. C'est notre intuition à laquelle nous avons de la peine à faire confiance et qui pourtant se révèle toujours juste dès lors que nous l'écoutons. C'est l'ange sur notre épaule, notre âme lumineuse, chacun l'identifie et le nomme à sa manière et c'est dès qu'on cesse de le chercher à l'extérieur qu'on peut le rencontrer.

Il y a deux bus au terminus, le premier bus s'en va sous mon nez alors que je ramasse ma monnaie, pas grave, c'est justement l'autre que je voulais prendre. Il est à une vingtaine de mètres et je m'avance vers lui, mais voilà qu'il démarre et s'approche. Je stoppe, ...et lui aussi! Ah bon, je franchis donc la distance pour le rejoindre et je grimpe par l'avant où, jovial, le conducteur commence à m'expliquer qu'il doit s'arrêter «à la hauteur de la pastille orange, vous voyez, là». Effectivement, il y a une petite borne orange sur le trottoir et une jaune, plus en avant. Il m'explique que la jaune, c'est pour laisser la place aux bus rapides. Ils doivent pouvoir venir se mettre en tête de file et démarrer rapidement. Ce chauffeur est si sympathique que je me laisse volontiers embarquer dans ses explications détaillées, informations très utiles à l'usager lambda dont je suis. Quand il a fini, j'éclate de rire intérieurement. Voilà comment la joie de vivre en compagnie de son Maître attire les moments plaisants! J'en suis toute guillerette!

Je suis assise à ma place préférée tout à l'avant et j'aime bien y rester seule, car les sièges sont étroits. À un moment une femme renfrognée fait mine de s'installer à côté de moi, j'ignore exactement comment mais j'ai la nette impression de la décourager télépathiquement. De fait, elle va s'asseoir plus loin et je ressens un stupide sentiment de victoire. Deux arrêts plus loin, c'est une jolie dame âgée qui monte et elle est tout à fait décidée à se mettre sur la même banquette que moi. Son énergie est différente, tout douce, et puis je suis malgré tout bien élevée et civilisée et, dans une impulsion, je me lève pour lui laisser ma place près de la fenêtre en lui expliquant que je descends dans deux arrêts, ça m'évitera de la déranger à ce moment-là. Elle me dit que c'est très gentil, et nom d'un chien, elle a raison! Je ne me reconnais pas. Dans les transports en commun, je suis souvent dans mon monde à la limite de la misanthropie et de plus, ces jours, l'idée du long voyage que je vais faire bientôt me noue sporadiquement les tripes; ça m'énerve d'autant plus que je n'ai pas peur en avion et je n'ai aucune raison d'angoisser. Pour être honnête, si je me suis embarquée il y a longtemps déjà dans une quête de sens de la vie, c'est parce que je suis née flippée. J'ai eu très tôt des angoisses existentielles qui étaient physiquement douloureuses et qui généraient des idées très noires. Pour en sortir, j'ai enrichi quelques psys et divers gourous, je me suis surtout enrichie de connaissances et de convictions qui me rassurent et me donnent de la force. Aujourd'hui, je suis une grande fille sereine.

Pourquoi je raconte tout ça, moi? Ah oui: parce que ma quête avant tout, c'est pour me débarrasser de toutes cette sorte de peurs qui me clouent au sol et m'empêchent d'ouvrir mes ailes. De ce fait, la récente angoisse à l'idée du départ me les brise menu-menu, donc j'utilise les outils acquis au fil du temps pour m'en débarrasser. La «journée avec le Maître» est l'outil du jour pour balayer l'humeur chagrine de ce matin. Comment ça marche! Pas de prise de tête, pas d'intention spécifique, j'ai juste ouvert les portes et les fenêtres pour qu'il puisse rentrer, et voilà qu'il se manifeste par un chauffeur jovial et une mamie délicieuse. Il a tenu à l'écart la dame aussi renfrognée que moi quelques minutes plus tôt et je m'amuse à observer tout cela. Je jurerais que la météo s'est mise au beau!

Donc, oui, je repars: Kona, Hawaii, big Island, deuxième tour. C'est le voyage décidé l'été dernier aux USA avec Mary Beth et Hisako, les retrouvailles sont prévues pour le 1er février, dans six jours. Nous avons loué une maison sur Air BnB ainsi qu'une voiture. Le prétexte est une fois de plus un stage d'intérêts communs, mais quand nous en avons parlé, j'ai dit à mes amies, un peu par défi: «ah oui, mais si on retourne à Hawaii, cette fois, on y reste un mois». Elles ont dit d'accord. On y restera jusqu'au 3 mars...

C'est encore un peu tôt pour préparer les bagages mais suffisamment pour commencer à frétiller de plaisir. Je guette la météo: il y a onze heures de moins et 17°C de plus. Marrant, je souris!
😃